Une journée difficile.
Une contrariété.
De la fatigue.
De l’ennui.
Une dispute.
Et soudain, l’envie de manger apparaît.
Pas forcément parce que nous avons faim.
Mais parce que quelque chose, à cet instant, nous pousse vers la nourriture.
Un morceau de chocolat.
Quelque chose de sucré.
Un paquet que nous ouvrons presque automatiquement.
Puis, parfois, une autre émotion arrive : la culpabilité.
« Je n’aurais pas dû. »
« Pourquoi je fais toujours ça ? »
« Je manque vraiment de volonté. »
Pourtant, ce comportement n’est pas simplement une question de volonté.
Il peut s’agir de ce que l’on appelle l’alimentation émotionnelle : utiliser ponctuellement ou régulièrement la nourriture pour répondre à autre chose qu’à une faim physiologique.
COMPRENDRE L’ALIMENTATION ÉMOTIONNELLE
Manger ne répond pas uniquement à un besoin énergétique.
Depuis l’enfance, la nourriture est également associée au plaisir, au partage, aux souvenirs, aux habitudes et parfois au réconfort.
Un aliment peut nous rappeler un moment agréable.
Une saveur peut procurer une sensation de plaisir immédiate.
Manger peut aussi créer une pause dans une journée difficile.
Il est donc parfaitement normal que nos émotions influencent parfois notre manière de manger.
La difficulté apparaît davantage lorsque la nourriture devient l’une de nos principales réponses à certaines émotions.
Stress.
Tristesse.
Solitude.
Colère.
Ennui.
Fatigue.
Lorsque ces sensations deviennent inconfortables, notre cerveau peut chercher quelque chose qui permette de les modifier rapidement.
Et manger peut fonctionner.
Au moins pendant quelques instants.
Pourquoi manger peut nous apaiser ?
Imaginez une journée particulièrement stressante.
Vous rentrez chez vous avec encore beaucoup de pensées en tête.
Vous ouvrez un placard.
Vous mangez quelque chose que vous aimez.
Pendant quelques minutes, votre attention change.
Vous ressentez du plaisir.
Vous pensez moins à votre journée.
La tension diminue peut-être légèrement.
Votre cerveau enregistre alors une association :
émotion inconfortable → nourriture → apaisement.
La prochaine fois qu’une émotion similaire apparaîtra, l’envie de manger pourra revenir.
Cela ne signifie pas que vous avez « un problème avec la nourriture ».
Votre cerveau a simplement appris qu’à certains moments, manger pouvait être une stratégie efficace pour modifier rapidement votre état intérieur.
Faim physique ou envie de manger ?
Il n’est pas toujours évident de distinguer la faim physique d’une envie de manger liée à notre état émotionnel.
La faim physique apparaît généralement progressivement.
Elle peut être accompagnée de sensations corporelles et plusieurs aliments peuvent nous convenir.
L’envie émotionnelle peut parfois être plus soudaine.
Nous pouvons rechercher quelque chose de très précis.
Du chocolat.
Du sucré.
Du salé.
Quelque chose qui procure rapidement du plaisir ou du réconfort.
Mais l’objectif n’est pas de classer chaque envie dans une catégorie.
Nous n’avons pas besoin d’analyser chaque fois que nous mangeons.
Il s’agit plutôt de développer progressivement une meilleure connaissance de notre fonctionnement.
OBSERVER
La prochaine fois qu’une envie de manger apparaît alors que vous ne savez pas réellement si vous avez faim, ne cherchez pas immédiatement à la supprimer.
Observez simplement.
Que s’est-il passé juste avant ?
Une contrariété ?
Une pensée ?
Un moment d’ennui ?
Une journée fatigante ?
Une sensation de solitude ?
Une tension ?
Puis demandez-vous :
« De quoi ai-je besoin à cet instant ? »
Peut-être avez-vous faim.
Dans ce cas, manger répond précisément à votre besoin.
Mais peut-être avez-vous surtout besoin de repos.
De réconfort.
De ralentir.
De parler à quelqu’un.
De faire une pause.
De bouger.
De vous distraire quelques instants.
Cette question ne sert pas à vous empêcher de manger.
Elle permet simplement d’élargir les réponses possibles.
Le cercle de la culpabilité
L’alimentation émotionnelle devient parfois particulièrement difficile lorsque la culpabilité s’ajoute au comportement.
Nous mangeons pour nous apaiser.
Puis nous nous reprochons d’avoir mangé.
Nous nous promettons d’être plus stricts.
Nous essayons parfois de contrôler davantage notre alimentation.
Mais cette restriction peut augmenter la frustration, la fatigue mentale ou la préoccupation autour de la nourriture.
Puis une nouvelle émotion difficile apparaît.
Et nous mangeons à nouveau.
Le cercle peut alors devenir :
émotion → alimentation → soulagement → culpabilité → contrôle → tension → nouvelle envie.
Se juger davantage n’aide donc pas toujours à modifier le comportement.
Parfois, cela contribue même à l’entretenir.
EXPÉRIMENTER
L’objectif n’est pas de ne plus jamais manger sous le coup d’une émotion.
Nous sommes humains.
La nourriture peut être agréable et réconfortante.
Il s’agit plutôt d’expérimenter d’autres possibilités.
Lorsque vous identifiez une envie de manger liée à une émotion, essayez parfois de créer quelques minutes entre l’envie et l’action.
Pas pour vous interdire de manger.
Simplement pour observer.
Vous pouvez marcher quelques minutes.
Sortir prendre l’air.
Prendre une douche.
Écouter une musique.
Respirer lentement.
Appeler quelqu’un.
Changer de pièce.
Mettre votre corps en mouvement.
Puis observez à nouveau votre envie.
Est-elle identique ?
A-t-elle augmenté ?
Diminué ?
Est-elle toujours présente ?
Si vous souhaitez toujours manger, vous pouvez manger.
L’expérience n’est pas un test de contrôle.
Elle permet simplement de découvrir que nous pouvons parfois répondre différemment à ce que nous ressentons.
Remettre le corps au centre
Lorsque notre relation à l’alimentation devient très mentale, nous pouvons passer beaucoup de temps à penser :
« Est-ce que je devrais manger ça ? »
« Est-ce que j’ai trop mangé ? »
« Est-ce que cet aliment est bon ou mauvais ? »
À force, nous pouvons nous éloigner des informations que notre corps nous transmet.
La faim.
La satiété.
Le plaisir.
La fatigue.
La tension.
Le besoin de mouvement.
Revenir progressivement vers ces sensations peut permettre de développer une relation plus attentive avec son corps.
Non pas pour le contrôler davantage.
Mais pour apprendre à l’écouter.
TRANSFORMER
Modifier l’alimentation émotionnelle ne signifie pas supprimer toutes les envies de manger lorsque nous sommes stressés, tristes ou fatigués.
Il s’agit plutôt de mieux comprendre ce que nous cherchons à ce moment-là.
Parfois, nous aurons réellement faim.
Parfois, nous aurons envie de plaisir.
Parfois, nous chercherons du réconfort.
Et parfois, derrière l’envie de manger se trouvera un autre besoin.
Plus nous apprenons à reconnaître ces différences, plus nous pouvons élargir notre manière d’y répondre.
Manger peut rester l’une de ces réponses.
Mais elle n’a plus besoin d’être la seule.
Parce que transformer notre relation à l’alimentation ne commence pas forcément par davantage de contrôle.
Cela peut commencer par davantage d’écoute.
ARIA — Parcours Psy
