Perdre une personne importante bouleverse profondément notre rapport au monde. Il y a l’absence, bien sûr. Mais il y a aussi tout ce qui disparaît avec elle : des habitudes, des projets, une présence familière, une manière de se sentir avec l’autre, parfois même une partie de l’avenir que l’on avait imaginé.
Face à cette douleur, une question revient souvent : Comment faire son deuil ?
Cette expression peut donner l’impression qu’il existerait une succession d’étapes à accomplir pour parvenir, un jour, à « tourner la page ». Le deuil est rarement aussi linéaire. Il s’agit plutôt d’apprendre progressivement à vivre avec une réalité qui n’était pas celle que nous avions choisie.
Il n’existe pas une bonne manière de faire son deuil
Certaines personnes pleurent beaucoup. D’autres très peu. Certaines ont besoin de parler constamment de la personne disparue. D’autres préfèrent le silence.
Il peut y avoir de la tristesse, mais également de la colère, de la culpabilité, du soulagement, de l’injustice, de la peur ou parfois une impression étrange de ne rien ressentir. Ces réactions peuvent également varier d’un jour à l’autre.
Le deuil n’est pas un parcours identique pour tout le monde. Il dépend notamment de la relation avec la personne décédée, des circonstances de sa mort, de notre histoire personnelle et des ressources disponibles autour de nous.
1. Accepter que les émotions puissent être contradictoires
Après une perte, nous pouvons être surpris par ce que nous ressentons. « Pourquoi suis-je en colère contre lui ? » « Pourquoi est-ce que je me sens parfois soulagé(e) ? » « Pourquoi est-ce que je ne pleure pas davantage ? »
Une émotion n’est pas une preuve de l’amour que nous portions à quelqu’un. Essayez plutôt de vous demander : « Qu’est-ce qui est présent en moi aujourd’hui ? » Sans chercher immédiatement à savoir si vous devriez ressentir autre chose.
2. Comprendre ce que l’on a réellement perdu
Lorsque quelqu’un meurt, nous ne perdons pas uniquement une personne. Nous pouvons perdre une présence quotidienne, un confident, une sécurité, des habitudes, un rôle dans la famille, des projets communs ou une partie de notre identité.
Posez-vous cette question : « Qu’est-ce qui me manque exactement lorsque cette personne me manque ? »
Mettre des mots sur ces différentes pertes permet parfois de mieux comprendre l’intensité et la nature de la douleur.
3. Faire une place aux « si seulement »
Si seulement j’avais appelé. Si seulement j’avais été davantage présent. Si seulement nous avions eu cette conversation. Si seulement j’avais compris plus tôt.
Après un décès, notre esprit peut reconstruire le passé avec les informations que nous possédons aujourd’hui. Essayez de distinguer ce que je sais aujourd’hui de ce que je pouvais réellement savoir à ce moment-là.
Il ne s’agit pas d’effacer les regrets, mais de les regarder avec davantage de contexte et de nuance.
4. Ne pas se forcer à « passer à autre chose »
Avec le temps, l’entourage peut reprendre sa vie. Les messages deviennent moins fréquents. Les autres parlent moins de la personne décédée. Pour celui qui reste, pourtant, l’absence continue.
Vous n’avez pas nécessairement besoin de laisser cette personne derrière vous pour continuer à vivre. Une relation peut se transformer : parler d’elle, conserver certaines traditions, regarder des photographies, transmettre une histoire ou faire quelque chose qu’elle aimait.
Le lien n’a plus la même forme, mais cela ne signifie pas qu’il doit disparaître.
5. Réapprendre progressivement à vivre
Après une perte importante, reprendre une activité agréable peut parfois provoquer de la culpabilité. « Comment puis-je rire alors qu’il n’est plus là ? » « Est-ce que reprendre ma vie signifie que je l’oublie ? »
Continuer à vivre n’efface pas ce qui a existé. Au début, il peut simplement s’agir de petites choses : sortir quelques minutes, retrouver quelqu’un, reprendre une activité, préparer un repas, marcher ou faire un projet très simple.
Il ne s’agit pas de retrouver immédiatement « la vie d’avant ». Il s’agit progressivement de construire une vie dans laquelle cette absence peut exister sans occuper chaque espace.
6. Accepter que certaines dates réactivent la douleur
Un anniversaire, une fête, une chanson, une odeur ou un lieu peuvent parfois, longtemps après le décès, faire revenir une émotion avec une intensité inattendue.
Cela ne signifie pas nécessairement que vous êtes revenu au point de départ. Le deuil peut évoluer par vagues. Certaines périodes sont plus calmes. D’autres réactivent brutalement le manque.
Vous pouvez progressivement apprendre à reconnaître ces moments et à prévoir davantage de soutien lorsque vous savez qu’une date sera difficile.
Quand demander de l’aide ?
Il n’existe pas de durée universelle à partir de laquelle un deuil deviendrait « anormal ». Mais il peut être utile de rencontrer un professionnel lorsque la souffrance reste particulièrement intense, que le quotidien devient très difficile, que l’isolement s’installe ou que des symptômes importants apparaissent.
Demander de l’aide ne signifie pas que vous faites mal votre deuil. Cela signifie simplement que vous n’avez pas nécessairement à traverser cette période seul(e).
Faire son deuil ne signifie pas oublier
Peut-être que « faire son deuil » n’est finalement pas l’expression la plus juste. Il ne s’agit pas d’effacer une personne, de fermer définitivement un chapitre ou de ne plus ressentir de tristesse.
Il s’agit progressivement d’intégrer la perte dans son histoire : reconnaître ce qui a été vécu, accepter ce qui ne pourra plus être, préserver ce qui compte et, petit à petit, se permettre de réinvestir sa propre vie.
Avancer ne signifie pas oublier.
Les parcours ARIA sont des ressources psychoéducatives et ne remplacent pas une prise en charge médicale ou psychologique.



