Une conversation terminée depuis plusieurs heures que nous rejouons encore. Une décision que nous examinons sous tous les angles. Une erreur sur laquelle notre esprit revient. Un scénario qui n'a pas encore eu lieu mais que nous avons déjà imaginé dix fois.
Parfois, nous aimerions simplement arrêter de penser.
Nous essayons alors de comprendre davantage, de trouver la bonne réponse ou de nous convaincre de passer à autre chose. Pourtant, plus nous essayons de chasser certaines pensées, plus elles semblent revenir.
Et si le problème n'était pas d'avoir trop de pensées, mais plutôt la place que nous leur accordons et ce que nous faisons lorsqu'elles apparaissent ?
COMPRENDRE
Penser est évidemment indispensable. Nos pensées nous permettent d'anticiper, de comprendre, de prendre des décisions, de résoudre des problèmes et de donner du sens à ce que nous vivons.
Mais notre cerveau ne produit pas uniquement des pensées utiles.
Il commente, interprète, compare, imagine, anticipe et revient parfois sur des événements passés. Une grande partie de cette activité mentale apparaît automatiquement, sans que nous ayons décidé de penser à quelque chose.
Une pensée arrive.
Puis elle en entraîne une autre.
« Pourquoi j'ai dit ça ? »
« Il a peut-être mal interprété ce que j'ai voulu dire. »
« J'aurais dû répondre autrement. »
« Et s'il pense que… »
En quelques instants, nous pouvons nous retrouver très loin de la situation initiale.
Le problème n'est pas nécessairement la première pensée. C'est parfois tout ce qui se construit autour d'elle.
Quand réfléchir devient ruminer
Réfléchir et ruminer ne sont pas tout à fait la même chose.
La réflexion peut nous permettre d'avancer vers une décision, une compréhension ou une action.
La rumination, elle, donne souvent l'impression de réfléchir énormément sans réellement avancer.
Nous revenons aux mêmes questions. Nous rejouons les mêmes scènes. Nous cherchons une certitude ou une explication qui ne vient pas.
Une boucle peut alors progressivement s'installer :
Une pensée → une émotion → davantage d'analyse → de nouvelles pensées → une émotion renforcée → encore plus d'analyse.
Nous pouvons avoir l'impression que continuer à réfléchir finira par nous apporter la réponse dont nous avons besoin.
Mais certaines questions n'ont pas de réponse immédiate.
D'autres n'en auront peut-être jamais de parfaitement certaine.
Et continuer à les analyser ne signifie pas nécessairement mieux les comprendre.
Toutes nos pensées ne sont pas des faits
Une pensée peut sembler extrêmement convaincante.
« Je vais échouer. »
« Je ne suis pas à la hauteur. »
« Cette personne m'en veut. »
« Je vais forcément refaire la même erreur. »
Lorsque ces pensées apparaissent, nous pouvons les vivre comme des réalités.
Pourtant, penser quelque chose ne signifie pas que cette pensée est vraie.
Une pensée est une production de notre esprit à un instant donné. Elle peut être influencée par notre histoire, notre état émotionnel, nos expériences précédentes, nos peurs ou encore notre fatigue.
Apprendre à prendre un peu de distance avec nos pensées ne signifie pas les nier.
Cela signifie commencer à les regarder autrement.
OBSERVER
Nous avons souvent appris à écouter le contenu de nos pensées, mais beaucoup moins à observer leur fonctionnement.
Pendant quelques instants, essayez simplement de remarquer ce qui se passe dans votre esprit.
Quelles pensées apparaissent spontanément ? Certaines reviennent-elles régulièrement ? Votre esprit revient-il plutôt vers le passé, vers ce qui pourrait arriver ou vers ce que les autres pourraient penser ?
Ne cherchez pas immédiatement à comprendre pourquoi.
Il est normal que certaines pensées soient confuses, contradictoires ou difficiles à saisir. Vous n'avez pas besoin de tout organiser ni de trouver immédiatement une explication.
Laissez simplement émerger ce qui vient.
Une phrase. Une image. Un souvenir. Une inquiétude. Une sensation.
Vous pouvez même essayer de remplacer intérieurement « c'est vrai » par « je remarque que j'ai la pensée que… »
« Je vais échouer » devient alors : « Je remarque que j'ai la pensée que je vais échouer. »
La situation n'a pas changé. La pensée non plus.
Mais vous venez de créer un petit espace entre vous et ce que votre esprit vous raconte.
Observer, c'est aussi accepter de ne pas tout comprendre immédiatement. Certaines choses deviennent plus claires lorsque nous cessons justement de vouloir les résoudre à tout prix.
EXPÉRIMENTER
Lorsque nous sommes enfermés dans nos pensées, nous avons souvent tendance à rester immobiles tout en continuant à réfléchir.
Essayez de modifier quelque chose de très concret : mettez votre corps en mouvement.
Levez-vous. Marchez quelques minutes. Sortez prendre l'air. Étirez-vous. Changez de pièce. Portez votre attention sur vos pas, votre respiration, la température de l'air ou les sensations présentes dans votre corps.
Il ne s'agit pas de fuir vos pensées.
Elles seront peut-être toujours là.
Mais pendant quelques minutes, votre attention peut se déplacer de ce qui se passe uniquement dans votre tête vers ce qui se passe réellement autour de vous et dans votre corps.
Vous pouvez également choisir une petite action concrète.
Faire quelque chose que vous repoussez depuis quelques minutes. Ranger un objet. Envoyer un message. Sortir marcher. Préparer quelque chose. Reprendre une activité.
Lorsque le mental tourne en boucle, nous cherchons souvent la pensée qui nous permettra enfin d'avancer.
Parfois, c'est l'inverse.
C'est le fait de commencer à bouger ou à agir qui permet progressivement à la pensée de se remettre elle aussi en mouvement.
Nous n'avons pas besoin de répondre à toutes nos pensées
Certaines pensées méritent notre attention.
D'autres peuvent simplement passer.
Nous pouvons apprendre progressivement à faire cette différence.
Une pensée peut apparaître sans que nous soyons obligés de l'analyser.
Une question peut rester momentanément sans réponse.
Une incertitude peut être présente sans que nous ayons besoin de la résoudre immédiatement.
Et une pensée désagréable peut exister sans déterminer ce que nous allons faire ensuite.
Il ne s'agit donc pas d'apprendre à ne plus penser.
Il s'agit plutôt de retrouver davantage de liberté dans la manière dont nous répondons à nos pensées.
À RETENIR
Notre esprit produit continuellement des pensées. Certaines nous aident à comprendre et à agir, tandis que d'autres peuvent nous maintenir dans des boucles mentales qui donnent l'impression d'avancer sans réellement nous mener quelque part.
L'objectif n'est pas de contrôler chacune de nos pensées ni de réussir à faire le vide.
Il peut plutôt s'agir d'apprendre à les observer, prendre progressivement de la distance avec elles et remettre du mouvement lorsque notre mental semble figé dans une boucle.
Comprendre ce qui se passe.
Observer ce qui émerge sans chercher immédiatement une réponse.
Expérimenter une autre manière de réagir.
Puis remettre progressivement du mouvement dans nos pensées, notre corps et nos comportements.
C'est cette démarche que nous explorons dans le parcours Gestion des pensées d'ARIA : comprendre davantage son fonctionnement mental, observer les pensées qui prennent le plus de place et expérimenter progressivement différentes manières de ne plus se laisser systématiquement entraîner par elles.
Parce que comprendre est une première étape.
L'expérimenter permet progressivement de transformer notre manière d'agir.
