Vous terminez une tâche et, presque immédiatement, vous pensez à la suivante.
Vous atteignez un objectif, mais au lieu de ressentir de la satisfaction, vous remarquez surtout ce que vous auriez pu mieux faire.
Vous vous reposez, mais une partie de vous pense déjà à tout ce qui reste à faire.
Et parfois, même après une journée bien remplie, cette sensation revient :
« Je n’en ai pas fait assez. »
Cette impression peut être liée au perfectionnisme. Non pas simplement au fait d’aimer que les choses soient bien faites, mais à une exigence intérieure qui déplace constamment la ligne d’arrivée.

COMPRENDRE

Le perfectionnisme est souvent associé à des standards élevés.
Nous voulons bien faire.
Être à la hauteur.
Ne pas décevoir.
Éviter les erreurs.
Donner le meilleur de nous-mêmes.
Ces exigences peuvent parfois nous pousser à avancer.
Mais elles deviennent plus difficiles à vivre lorsque notre sentiment de satisfaction dépend presque toujours d’un objectif supplémentaire.
Nous faisons quelque chose.
Puis notre attention se dirige immédiatement vers ce qui manque.
Nous réussissons.
Mais nous pensons à ce qui aurait pu être mieux.
Nous recevons un compliment.
Mais nous minimisons ce que nous avons accompli.
Progressivement, le cerveau peut développer une sorte de filtre : il repère davantage ce qui reste à améliorer que ce qui a déjà été réalisé.
Le problème n’est alors plus seulement d’avoir des exigences élevées.
C’est de ne jamais avoir réellement la sensation d’arriver quelque part.

Quand « faire mieux » devient « ne jamais faire assez »

Le perfectionnisme fonctionne parfois comme une ligne d’arrivée qui recule à mesure que nous avançons.
Imaginez que vous vous fixiez un objectif.
Vous pensez :
« Quand j’aurai terminé ça, je pourrai souffler. »
Vous l’atteignez.
Pendant quelques instants, vous ressentez peut-être de la satisfaction.
Puis une nouvelle pensée apparaît :
« Oui, mais maintenant il faudrait aussi… »
La satisfaction laisse rapidement place à une nouvelle exigence.
Ce fonctionnement peut concerner le travail, le corps, la parentalité, les études, le sport, la maison ou même notre façon d’être avec les autres.
Nous ne cherchons plus seulement à faire quelque chose correctement.
Nous cherchons parfois à atteindre un niveau qui nous permettra enfin de nous sentir suffisamment bien.
Et ce niveau peut devenir impossible à atteindre puisqu’il évolue constamment.

OBSERVER

Avant de chercher à être « moins perfectionniste », il peut être intéressant d’observer la manière dont vos exigences apparaissent au quotidien.
Dans quelles situations avez-vous le plus souvent l’impression de ne pas en faire assez ?
Au travail ?
À la maison ?
Avec vos enfants ?
Dans vos relations ?
Dans vos projets personnels ?
Puis observez les mots que vous utilisez intérieurement.
« Je dois… »
« Il faut que… »
« J’aurais dû… »
« Je pourrais quand même faire mieux… »
Ces petites phrases peuvent révéler les règles que nous nous imposons parfois sans même nous en rendre compte.
Essayez ensuite de vous demander :
« Si quelqu’un d’autre avait fait exactement ce que je viens de faire, est-ce que je trouverais cela insuffisant ? »
Nous découvrons parfois que les standards que nous appliquons à nous-mêmes sont beaucoup plus élevés que ceux que nous appliquerions aux autres.

La difficulté à reconnaître ce qui est déjà fait

Lorsque nous sommes très exigeants envers nous-mêmes, nous pouvons rapidement banaliser nos réussites.
Une tâche terminée devient « normale ».
Un objectif atteint devient « ce que je devais faire ».
Une difficulté traversée devient « rien d’extraordinaire ».
Nous passons alors beaucoup de temps à regarder devant nous et très peu à regarder le chemin déjà parcouru.
Pourtant, reconnaître ce que nous avons accompli ne signifie pas devenir moins ambitieux.
Cela permet simplement à notre cerveau d’enregistrer autre chose que ce qui manque encore.
À la fin d’une journée, essayez parfois de remplacer :
« Qu’est-ce que je n’ai pas eu le temps de faire ? »
par :
« Qu’est-ce que j’ai réellement fait aujourd’hui ? »
La réponse peut être très différente.

EXPÉRIMENTER

Le perfectionnisme ne se transforme pas uniquement en comprenant pourquoi nous sommes exigeants.
Il peut être utile d’expérimenter une autre manière de faire.
Choisissez une tâche sans enjeu majeur.
Un mail.
Du rangement.
Un document.
Une petite tâche professionnelle.
Quelque chose du quotidien.
Puis décidez à l’avance de vous arrêter lorsqu’elle sera suffisamment bien.
Pas parfaite.
Suffisamment bien.
Lorsque vous aurez terminé, observez l’envie éventuelle de vérifier encore une fois.
De modifier un détail.
De recommencer.
D’améliorer quelque chose que personne ne remarquera probablement.
Essayez de ne pas répondre immédiatement à cette envie.
Puis observez ce qui se passe.
L’inconfort peut être présent.
Mais une question devient alors intéressante :
Que se passe-t-il réellement lorsque je ne cherche pas à faire parfaitement ?
Très souvent, beaucoup moins de choses que ce que nous avions imaginé.

Apprendre aussi à s’arrêter

Pour certaines personnes, le plus difficile n’est pas de commencer.
C’est de s’arrêter.
Il y a toujours quelque chose à terminer.
À améliorer.
À anticiper.
À organiser.
Le repos peut alors devenir inconfortable parce qu’il donne l’impression de ne pas être productif.
Pourtant, s’arrêter ne signifie pas abandonner ses objectifs.
Le repos fait aussi partie de notre fonctionnement.
Notre attention, notre énergie et nos capacités ont besoin de moments où elles ne sont pas constamment sollicitées.
Apprendre à s’arrêter peut donc devenir une véritable expérimentation.
Fermer l’ordinateur même s’il reste quelque chose à faire.
Reporter une tâche non urgente au lendemain.
S’accorder un moment agréable sans chercher à le « mériter » auparavant.
Et observer les pensées qui apparaissent.

TRANSFORMER

Sortir progressivement du perfectionnisme ne signifie pas devenir moins impliqué, moins ambitieux ou moins consciencieux.
Il s’agit plutôt d’apprendre à choisir où notre exigence est réellement utile.
Tout ne mérite pas le même niveau d’investissement.
Tout n’a pas besoin d’être parfait.
Et surtout, notre valeur ne devrait pas dépendre uniquement de ce que nous accomplissons.
Nous pouvons continuer à avoir des projets.
À vouloir progresser.
À nous investir.
Mais aussi apprendre à reconnaître ce qui est déjà là.
À terminer.
À nous arrêter.
À accepter parfois le suffisamment bien.
Parce qu’il existe une différence importante entre vouloir avancer et avoir constamment le sentiment de devoir prouver que nous en faisons assez.
Et parfois, avancer commence justement par apprendre à reconnaître que ce que nous faisons est déjà suffisant.
ARIA — Parcours Psy

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