Il suffit parfois d'une remarque, d'un imprévu, d'une frustration ou d'un souvenir pour que quelque chose se déclenche en nous. La colère monte. La peur apparaît. La tristesse prend de la place. Nous nous sentons submergés et notre premier réflexe est souvent le même : faire disparaître ce que nous ressentons.
Nous essayons de nous calmer, de penser à autre chose, de relativiser ou de nous répéter que nous ne devrions pas réagir ainsi. Pourtant, plus nous luttons contre certaines émotions, plus elles semblent parfois prendre de la place.
Et si mieux gérer ses émotions ne signifiait pas forcément mieux les contrôler ?
COMPRENDRE
Une émotion est une réaction naturelle de notre organisme face à ce que nous vivons, percevons ou interprétons. Elle mobilise à la fois notre corps, nos pensées et nos comportements.
La peur peut nous préparer à nous protéger. La colère peut apparaître lorsqu'une limite semble avoir été franchie. La tristesse peut accompagner une perte ou un changement important. La joie peut nous rapprocher de ce qui nous fait du bien.
Une émotion n'est donc pas nécessairement un problème à résoudre. Elle nous renseigne parfois sur ce qui se passe en nous.
Pourtant, certaines émotions sont plus difficiles à accueillir que d'autres. Nous pouvons avoir appris qu'il ne fallait pas pleurer, qu'il fallait rester fort, que se mettre en colère était mauvais ou que ressentir de la peur était un signe de faiblesse.
Nous pouvons alors développer une deuxième réaction à notre émotion initiale.
Nous ressentons de la tristesse… puis nous nous reprochons d'être triste.
Nous ressentons de la colère… puis nous culpabilisons.
Nous ressentons de la peur… puis nous avons peur de ressentir cette peur.
À l'émotion initiale vient alors parfois s'ajouter notre lutte contre cette émotion.
Une émotion n'est pas un comportement
Accepter une émotion ne signifie pas devoir agir en fonction d'elle.
Nous pouvons être en colère sans crier. Ressentir de la peur sans systématiquement fuir. Être triste sans abandonner tout ce que nous étions en train de faire.
Cette distinction est importante.
Nous ne choisissons pas toujours ce que nous ressentons, mais nous pouvons progressivement apprendre à choisir ce que nous faisons avec ce que nous ressentons.
Chercher à contrôler l'apparition de toutes nos émotions est probablement impossible. En revanche, nous pouvons apprendre à mieux les reconnaître, à comprendre ce qu'elles provoquent en nous et à créer progressivement un espace entre l'émotion et notre réaction.
C'est dans cet espace que nous pouvons retrouver davantage de liberté.
Quand l'émotion devient envahissante
Certaines émotions peuvent être particulièrement intenses. À ce moment-là, notre attention se resserre et il devient parfois difficile de prendre du recul.
Une remarque peut sembler beaucoup plus importante. Une pensée peut devenir une certitude. Une réaction impulsive peut sembler être la seule réponse possible.
Nous pouvons alors chercher à faire disparaître rapidement l'émotion : éviter la situation, nous isoler, manger, nous distraire, nous défouler, chercher à être rassurés ou agir immédiatement.
Ces comportements peuvent parfois nous soulager sur le moment. Mais lorsqu'ils deviennent notre seule manière de répondre à une émotion difficile, ils peuvent progressivement limiter notre capacité à la traverser autrement.
OBSERVER
Lorsque vous ressentez une émotion forte, essayez de ne pas chercher immédiatement à savoir pourquoi elle est là ni comment la faire disparaître.
Commencez simplement par observer : Qu'est-ce qui est présent en moi en ce moment ?
Peut-être ne savez-vous pas exactement quelle émotion vous ressentez. C'est normal. Tout n'est pas toujours immédiatement identifiable.
Laissez venir ce qui vient : une tension dans la poitrine, une sensation dans le ventre, une envie de pleurer, une agitation, une pensée, une image, un souvenir ou simplement une impression difficile à définir.
Vous pouvez également remarquer l'envie qui accompagne cette émotion. Envie de partir ? De répondre immédiatement ? De vous isoler ? De chercher à être rassuré ? De faire comme si rien ne s'était passé ?
Ne cherchez pas encore à modifier quoi que ce soit.
Observer ne signifie pas analyser.
Il s'agit simplement de créer un espace dans lequel ce que vous ressentez peut exister quelques instants sans avoir besoin d'être immédiatement compris, jugé ou transformé.
Certaines réponses viendront peut-être plus tard. D'autres resteront momentanément floues.
Et c'est aussi cela, apprendre à mieux connaître son fonctionnement émotionnel.
EXPÉRIMENTER
Lorsque l'émotion est intense, nous pouvons avoir tendance à rester enfermés dans nos pensées ou à réagir immédiatement.
Essayez d'introduire un mouvement entre ce que vous ressentez et ce que vous allez faire.
Commencez par revenir au corps. Posez les pieds au sol. Respirez tranquillement. Marchez quelques minutes, étirez-vous, sortez prendre l'air ou réalisez quelques mouvements simples en portant votre attention sur vos sensations.
Il ne s'agit pas de faire disparaître l'émotion grâce au mouvement.
Il s'agit de permettre à votre corps et à votre attention de ne pas rester figés dans la réaction immédiate.
Puis, lorsque l'intensité a légèrement diminué, demandez-vous simplement :
« Qu'est-ce que j'ai envie de faire sous l'effet de cette émotion ? »
Puis :
« Est-ce réellement ce que je souhaite faire ? »
Ces deux réponses peuvent être très différentes.
La colère peut nous donner envie de répondre immédiatement, alors que nous préférerions attendre. La peur peut nous pousser à éviter une situation que nous aimerions pourtant réussir à affronter. La tristesse peut nous donner envie de nous couper des autres alors que nous aurions peut-être besoin de présence.
L'expérimentation consiste alors à essayer, même une seule fois, une réponse légèrement différente de notre réaction habituelle.
Pas nécessairement parfaite.
Simplement différente.
C'est ainsi que de nouvelles possibilités peuvent progressivement apparaître.
Nos émotions ont besoin de mouvement
Une émotion n'est pas quelque chose de fixe. Elle apparaît, évolue, change d'intensité et finit généralement par se transformer.
Pourtant, lorsque nous essayons constamment de la contrôler, de la supprimer ou de l'analyser, nous pouvons parfois avoir l'impression qu'elle reste figée.
Remettre du mouvement peut alors prendre différentes formes : bouger notre corps, modifier notre attention, exprimer ce que nous ressentons, écrire, parler, changer momentanément d'environnement ou choisir un comportement différent de celui que l'émotion nous pousse spontanément à adopter.
L'objectif n'est pas de devenir parfaitement calme en toutes circonstances.
Il est de développer progressivement une capacité essentielle : pouvoir ressentir une émotion sans qu'elle décide systématiquement de la suite.
À RETENIR
Mieux gérer ses émotions ne signifie pas apprendre à ne plus ressentir de colère, de peur ou de tristesse. Cela ne signifie pas non plus devoir comprendre immédiatement tout ce qui se passe en nous.
Il s'agit plutôt d'apprendre progressivement à reconnaître ce qui est présent, à laisser un peu d'espace à ce que nous ressentons et à expérimenter différentes manières d'y répondre.
Comprendre l'émotion. Observer ce qui émerge sans chercher immédiatement à le résoudre. Remettre le corps et l'attention en mouvement. Puis choisir progressivement comment agir.
C'est cette démarche que nous explorons dans le parcours Gestion émotionnelle d'ARIA : mieux comprendre le fonctionnement de nos émotions, observer la manière dont elles se manifestent dans notre quotidien et expérimenter progressivement de nouvelles façons de les traverser.
Parce que l'objectif n'est pas de tout contrôler.
C'est de retrouver davantage de liberté dans la manière dont nous vivons et répondons à nos émotions.
