Un message sans réponse.
Un ton qui semble différent.
Une personne un peu plus distante.
Et rapidement, les questions arrivent.
« Est-ce que j’ai fait quelque chose ? »
« Est-ce qu’il ou elle m’en veut ? »
« Est-ce qu’on tient toujours à moi ? »
Nous pouvons alors ressentir le besoin d’être rassurés. Recevoir un message. Entendre que tout va bien. Sentir que l’autre est toujours là.
Ce besoin est profondément humain.
Mais lorsqu’il devient très présent, il peut progressivement prendre beaucoup de place dans nos relations.

COMPRENDRE

Nous avons tous besoin de sécurité dans nos relations.
Lorsque nous nous sentons suffisamment en sécurité, nous pouvons généralement supporter qu’une personne soit moins disponible, qu’elle réponde plus tard ou qu’elle ait besoin d’espace sans immédiatement remettre la relation en question.
Mais pour certaines personnes, la moindre distance peut être vécue comme un signal d’alerte.
Le cerveau cherche alors rapidement une explication.
Pourquoi ne répond-il pas ?
Pourquoi semble-t-elle différente ?
Est-ce que quelque chose a changé ?
Nous analysons les messages, les silences, les comportements ou les réactions de l’autre.
Et plus l’incertitude augmente, plus nous pouvons chercher à nous rassurer.
Envoyer un nouveau message.
Demander si tout va bien.
Chercher des signes.
Repenser à la dernière conversation.
Le problème n’est pas d’avoir besoin d’être rassuré.
C’est ce qui se passe lorsque notre sentiment de sécurité dépend presque entièrement de la réponse de l’autre.

Quand être rassuré ne rassure que quelques instants

Il existe un paradoxe.
Nous pouvons obtenir exactement la réponse que nous attendions… et malgré tout recommencer à douter quelques heures ou quelques jours plus tard.
Pourquoi ?
Parce que la réassurance apaise souvent l’inquiétude sur le moment, sans nécessairement modifier ce qui l’alimente.
Imaginez que vous envoyiez un message et que la personne ne réponde pas.
Une pensée apparaît :
« Elle s’éloigne peut-être de moi. »
L’anxiété monte.
Vous envoyez un second message.
La personne répond :
« Désolée, j’étais occupée. Tout va bien. »
Vous êtes soulagé(e).
Votre cerveau vient alors d’apprendre quelque chose : lorsque l’incertitude devient inconfortable, chercher rapidement une confirmation permet de faire diminuer cette sensation.
La prochaine fois, il pourra donc vous pousser à recommencer.
Petit à petit, nous pouvons devenir de moins en moins capables de rester avec cette incertitude.

OBSERVER

Avant de chercher immédiatement à changer ce fonctionnement, il peut être intéressant de l’observer.
Dans quelles situations avez-vous particulièrement besoin d’être rassuré(e) ?
Lorsque quelqu’un répond moins vite ?
Lorsque votre partenaire sort sans vous ?
Après un désaccord ?
Lorsque vous sentez une personne plus distante ?
Puis observez ce qui se passe en vous.
Quelle est votre première pensée ?
Quelle émotion apparaît ?
Que ressentez-vous dans votre corps ?
Et surtout :
qu’avez-vous envie de faire immédiatement pour retrouver un sentiment de sécurité ?
Envoyer un message ?
Poser une question ?
Vous excuser alors que vous n’avez rien fait ?
Chercher à savoir ce que l’autre pense ?
Vous adapter pour éviter qu’il ou elle s’éloigne ?
Cette observation permet progressivement de distinguer ce qui se passe réellement dans la relation de ce que notre inquiétude nous fait imaginer.

EXPÉRIMENTER

L’objectif n’est pas de devenir totalement indépendant des autres.
Nous avons besoin de liens, d’attention et de sécurité affective.
Il s’agit plutôt d’apprendre à ne pas répondre automatiquement à chaque inquiétude.
La prochaine fois que vous ressentez le besoin urgent d’être rassuré(e), essayez de créer un petit espace avant d’agir.
Quelques minutes peuvent suffire.
Marchez.
Respirez.
Posez votre téléphone.
Faites autre chose.
Puis demandez-vous :
« Qu’est-ce que je sais réellement de la situation, et qu’est-ce que je suis en train d’imaginer ? »
Vous pouvez également observer si l’envie d’obtenir une réponse immédiatement évolue lorsque vous ne lui répondez pas tout de suite.
Parfois, elle augmente.
Puis elle redescend.
Cette expérience est importante.
Elle permet de découvrir progressivement que l’incertitude peut être inconfortable sans être forcément dangereuse.

Revenir aussi vers soi

Lorsque notre attention est constamment tournée vers l’autre, nous pouvons progressivement perdre de vue une autre question essentielle :
Et moi, comment est-ce que je me sens dans cette relation ?
Nous cherchons parfois tellement à savoir si l’autre nous aime, nous choisit ou souhaite rester que nous oublions de nous demander si cette relation nous convient réellement.
Est-ce que je me sens respecté(e) ?
Est-ce que je peux exprimer mes besoins ?
Est-ce que je peux poser mes limites ?
Est-ce que je reste moi-même dans cette relation ?
Est-ce que je me sens libre d’exister en dehors du lien ?
Se sentir davantage en sécurité dans ses relations passe aussi par cette capacité à revenir vers soi.

TRANSFORMER

Modifier ce type de fonctionnement ne signifie pas ne plus jamais avoir peur de perdre quelqu’un.
Il s’agit plutôt de développer progressivement une sécurité qui ne dépend pas uniquement de ce que l’autre fait ou ne fait pas.
Supporter un peu mieux l’incertitude.
Identifier ses besoins.
Exprimer ce qui est important.
Poser ses limites.
Continuer à nourrir sa propre vie en dehors de la relation.
Et apprendre, petit à petit, à ne plus chercher systématiquement chez l’autre la réponse à toutes nos inquiétudes.
Parce qu’une relation plus apaisée ne se construit pas seulement dans la certitude que l’autre restera.
Elle se construit aussi dans la capacité à rester soi-même au sein de la relation.

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